Il était une fois... L’Histoire Mondiale de l'assurance - partie 2

Écrit par Assurman. Publié dans Généralités de l'assurance

Naissance d’un embryon d’industrie de l’assurance

Le commerce maritime, en usage depuis déjà des siècles, fut à l’origine d’une véritable pratique de l’assurance sous le vocable de « Prêt à la Grosse Aventure » ou « Prêt à la Grosse » (non, ça n’a rien à voir avec l’obésité...).

Comme vous pouvez l’imaginer sans peine, les cartes marines n’existaient pas ou prou, la météo quotidienne était encore à venir beaucoup plus tard et les capitaines de navire étaient exposés à mille et un risques de navigation que l’on appelle « les fortunes de mer ». Imaginez que le capitaine, le plus souvent propriétaire de son navire, soit pris dans une tempête, soit attaqué par des pirates (pas encore en l’air) ou dont le navire était la proie des flammes, risquait de tout perdre dans un voyage.Ces capitaines furent donc amenés à « partager » les gros risques qu’ils encouraient en cherchant des personnes capables financièrement d’assumer ces risques.

Une telle pratique était déjà courante chez les Grecs et les Romains qui auraient repris l’idée dans l’Inde antique (environ 1.000 ans avant J.C.) Mais cette pratique était inverse à ce que nous connaissons aujourd’hui sous le vocable d’ « assurance ». En effet, dans le Prêt à la Grosse, il n’y avait pas d’assureur, mais un prêteur, (banquier ou usurier de l’époque) qui prêtait au capitaine propriétaire tout ou partie de la valeur du navire et des marchandises transportées. L’opération était bien entendu consentie moyennant un intérêt « confortable » de l’ordre de 20 à 40% sur la somme prêtée. Donc, avant le départ du navire, le prêteur remettait au capitaine une « grosse » bourse équivalente à la valeur totale du navire et de ce qu’il contenait, et tous les deux, ils signaient un parchemin lequel était d’ailleurs brûlé après l’opération (fastoche pour les archives à l’époque)

Au cours de son voyage, le capitaine pouvait « puiser » dans la bourse pour subvenir aux besoins de la navigation et des fortunes de mer (réparation des avaries, rançon à des pirates etc..). Au retour, le capitaine devait rendre la bourse et justifier des dépenses éventuelles et bien entendu, payer les intérêts. Mais comme au cours de ces voyages, ont ne transportait certainement pas des « patates » vu que Parmentier n’était pas né, mais au contraire des marchandises très coûteuses (soieries, métaux précieux, épices rares chez nous etc...) le capitaine était certain de faire un très gros bénéfice en revendant cette marchandise, ce qui lui permettait d’amortir sans problème les intérêts dus. Et si le navire était perdu corps et biens, le prêteur avait tout perdu aussi...

C’est déjà à cette époque que les premiers « faux sinistres » ont été répertoriés.

Par exemple, un capitaine de La Rochelle revint au port en prétendant que son navire et sa cargaison avaient coulé et étaient perdus. Quelque temps après, des marins retrouvèrent son navire au large du port, échoué sur un haut fond, et il était chargé de...pierres. Le capitaine indélicat avait évidemment vendu la marchandise, coulé son navire et gardé la grosse bourse... ! La pratique du « Prêt à la Grosse » fut interdite par la papauté au 12ème siècle et fut remplacée par le Contrat Maritime qui lui ressemblait beaucoup... !

Parallèlement à leurs occupations de préparation de leurs voyages et de la vente des marchandises, les capitaines -armateurs devaient chercher des prêteurs susceptibles de partager leurs risques. Et ils n’avaient pas beaucoup de temps. Ils eurent alors l’idée de s’adjoindre les services de personnes chargées de trouver ces prêteurs et apparurent ainsi les « courtiers » en Prêt à la Grosse, ancêtres des courtiers d’aujourd’hui.

De même, un prêteur qui avait perdu une bourse bien remplie parce que le navire sur lequel il l’avait prêtée était perdu, se dit qu’il vaudrait peut être mieux prêter une somme modique sur plusieurs navires plutôt qu’une grosse somme sur un seul. Et il venait d’inventer la « division » des risques ou la « coassurance », en usage très courant de nos jours sur les gros risques. Vous voyez bien que notre civilisation moderne n’a presque rien inventé en matière d’assurance.

Les premiers contrats d’assurance

A la suite de l’interdiction papale de pratiquer le Prêt à la Grosse Aventure, les prêteurs et les armateurs eurent l’idée de la contourner en inventant un ancêtre du contrat d’assurance qui présentait toutes les caractéristiques du Prêt à la Grosse. Et c’est à Gênes au 14ème siècle que sont apparus ces premiers « contrats », du moins sont-ce les plus anciens qui ont été retrouvés. L’assurance maritime était née. On peut donc dire sans trop se tromper que l’idée de l’assurance est née du commerce maritime.

Au feu ! Au feu !

L’histoire de notre civilisation est émaillée d’incendies catastrophiques qui ont ravagé des milliers de villages et de villes. Rappelez vous qu’à l’époque, la grande majorité des habitations était construite en bois, avec souvent des toitures en chaume. Et si une maison brûlait, comme le « 18 » n’existait pas encore, c’est tout le quartier voire la ville qui était détruits. On peut ainsi citer:

  • en 1119, toute la ville d’Evreux est détruite
  • en 1131, la ville de Noyon dont sa cathédrale et rebelote en 1293e
  • en 1134, une partie de la cathédrale de Chartres, reconstruite et à nouveau détruite en 1194e
  • la ville de Dijon est rayée de la carte par un incendiee
  • en 1184 et en 1194, c’est au tour de la ville de Sense
  • de 1200 à 1225, la cathédrale de Rouen a brûlé six foise
  • en 1210, la magnifique cathédrale de Reims est détruitee
  • en 1212, c’est la cathédrale de Neverse
  • etc, etc, sans compter les milliers de villes, villages et églises.e

naissance assurance incendie londres : assurman-Pro

L’évènement à l’origine de la création de l’assurance incendie fut l’énorme incendie qui ravagea une grande partie de la ville de Londres (oui chez les Grands Bretons) en Septembre 1666. Et comme Bing Ben n’était pas encore fondue, elle n’a pas pu sonner l’alarme...

Le « Fire Office » fut donc créé à Londres en 1681 pour assurer les risques d’incendie. En Allemagne, furent créées des Caisses Incendie. En France, à l’initiative des évêques, furent créés les « Bureaux Diocésains des Incendiés » qui changèrent de nom à la Révolution sous le vocable « Caisse ou Bureau Départemental(e) des Incendiés », et dont certains existent encore en France aujourd’hui notamment dans la Marne, dans la Meuse et en Alsace (sorry pour les autres non nommés). L’assurance incendie était née.

Quelques dates historiques en France

L’ordonnance de Colbert en 1681:

Le célèbre ministre de Louis le 14ème rédigea un véritable monument législatif à partir du droit coutumier. Cet ouvrage fut repris en grande partie pour la rédaction du Code Civil de Napoléon, encore en vigueur aujourd’hui et repris par de nombreux pays, non seulement francophones.

En 1686, le Roi Soleil crée la Compagnie Générale des Assurances et des Grosses Aventures

En 1722, à la suite de l’incendie de la ville de Rennes, le Roi déclare que les locataires sont civilement responsables des dommages causés par eux, leur femme et leurs enfants (article 1733 du Code Civil en vigueur aujourd’hui)..

En 1753, création de la Compagnie d’Assurances Générales pratiquant le risque maritime et le risque incendie...

naissance sante

En 1770, Piarron de Chamousset rédige les principes d’une mutuelle pour garantir la maladie...

1786, création de la de la Compagnie d’Assurances contre les incendies...

naissance assurance vie

1787, création de la Compagnie Royale d’Assurances sur la Vie...

Il faut ici souligner que jusqu’alors, l’assurance sur la vie était interdite par l’église catholique car elle estimait qu’il était immoral de s’enrichir à la suite du décès d’une personne. Par contre, l’assurance des otages était permise pour permettre leur libération (ordonnance de 1681. Aujourd’hui, c’est interdit en France mais autorisé dans certains pays même européens. De même,le transport maritime des esclaves était permis car ils n’étaient pas considérés comme des personnes humaines, mais comme de la « marchandise (beurcq...!, i am shocked) !, i am shocked).

Les origines du mot « assurance »

Il y a de nombreuses versions de l’origine de ce mot, en voici quelques exemples :

  • de l’italien « sicure », devenu « assicurare ».
  • au moyen Âge en France :
    • Asseuration
    • Asseurement
    • Aseurance
    • Asseureté

Les déviations

les gageures qui étaient de véritables paris sur les chances de bonne fortune, vite interdites

Evolution de l’assurance en France

La révolution française marque un net temps d’arrêt puisque toute forme d’assurance est interdite en 1793.Napoléon favorisera surtout la création de sociétés d’entraide mutuelle. En 1802, Jean Bernard BARRAU qui avait déjà créé une Société d’Assurances Réciproques contre l’Incendie, étendit les activités de sa société aux « risques de ravage de la grêle » et à la « mortalité des bestiaux ». Sa société ne couvrait que la région de Toulouse. En 1812, il tenta d’étendre son activité à toute la France, sans succès. Ruiné, il écrivit une étude sur le « Système Mutuel » lequel fut repris ultérieurement pour la création des sociétés qui virent le jour à partir de 1816, après la chute de Napoléon.

C’est avec la création du Code de Commerce entre 1804 et 1808, inspiré du Code de Colbert, que l’assurance maritime est dotée d’une législation spécifique :

  • il est prescrit que le contrat s’appellera « police », qu’il sera rédigé par écrit, daté avec indication de l’heure...
  • qu’il indiquera le nom et le domicile de l’assuré
  • qu'il sera mentionné la nature, la valeur la quantité des choses assurées ainsi que la valeur assurée
  • la cotisation, appelée « prime » jusqu’à ces dernières années est calculée en pourcentage de la valeur assurée

Il faudra attendre la restauration et les années 1816 pour voir l’industrie de l’assurance se développer véritablement. Pour l’anecdote, ce regain d’intérêt pour l’assurance fut inspiré par la présence de la filiale française d’une société anglaise, la « Compagnie du Phénix » créée à Londres en 1782, qui tenta de développer ses activités en France. Mais « l’anglais » demeurait dans les esprits l’ennemi de l’empire » et cette société ne connut pas le succès espéré.

L’éclosion

De 1816 à 1830, on vit la naissance de plus de 60 Mutuelles d’assurances dont certaines ont été récemment « digérées » par de grands groupes :

  • 4 Septembre 1816 : la société d’Assurance Mutuelle de la Ville de Paris (appelée M.A.C.L.)
  • 22 Juillet 1818 : Société d’Assurance Mutuelle contre l’incendie en Seine Inférieure et l’Eure (ancêtre du Groupe AXA)
  • 24 Mars 1819 : Mutuelle de Seine et Marne
  • 5 Mai 1819 Société d’Assurances Mutuelles des départements de Seine et Oise et de la Seine (anciennement G.A.M.F.)
  • 5 Juillet 1819 : Mutuelle de Lyon
  • 15 Septembre 1819 : La Nantaise
  • 10 Novembre 1819 : Mutuelle d’Eure et Loire
  • 9 Avril 1820 : l’Orléanaise
  • 26 Janvier 1821 : Mutuelle du Loir et Cher
  • 11 Août 1825 : Mutuelle d’Indre et Loiire
  • 11 Avril 1826 : Mutuelle de Marseille (enfin, le Sud se réveille...!)
  • 7 Juin 1826 : Mutuelle de l’Allier
  • 25 Mai 1828 : Mutuelle du Mans (Zéro bla-bla, zéro tracas d’aujourd’hui...!)

Il faut noter que seuls, les maisons, les immeubles étaient assurés et pas le contenu.Il faudra attendre l’ordonnance de 1839 pour que le contenu puisse être assuré. Mais les locaux dits « industriels » étaient difficilement assurables car considérés comme dangereux...!

On voit alors apparaître les « plaques » qui furent obligatoirement apposées sur les bâtiments assurés, portant l’inscription : « Maison assurée par la société La Bienfaisante »

Il faut noter que l’apposition de ces plaques poursuivait quatre buts clairement exprimés par les assureurs

  • protéger la maison contre les actes de malveillance ; les assureurs croyaient en effet que les individus mal intentionnés, sachant que la maison était assurée, porteraient plutôt leur dévolu sur une maison non assurée, pour nuire plus à son occupant
  • elle constituait un moyen de publicité
  • si la maison brûlait, les sociétaires de la même compagnie habitant le village ou la ville, seraient incités à aider les occupants à combattre l’incendie, afin de limiter les dégâts et limiter les dépenses de la société d’assurance
  • d’inciter les corps de lutte contre l’incendie de sauver en priorité celles qui étaient assurées (contre récompense paraît-il...!)

On trouve encore aujourd’hui certaines de ces plaques, surtout sur les habitations anciennes de la campagne, elles sont devenues de véritables objets de collection (un échantillon remarquable est exposé aujourd’hui dans les étages de la F.F.S.A. (Fédération Française des Sociétés d’Assurances).

Sur le plan technique, nos ancêtres de l’assurance avaient déjà rédigé des tarifs selon la gravité des risques :

  • bâtiments couverts en ardoises ou tuiles : 0,32 pour mille
  • mobilier personnel : 0,60 pour mille
  • récoltes et fourrages : 1,50 pour mille
  • hangars en bois couverts en chaume : 1,20 pour mille

L’expansion:

La révolution industrielle qui vit le jour dès la Restauration induisit la nécessité de garantir les nouveaux risques liés aux activités créées. De grands bourgeois, les aristocrates qui avaient vécu en exil pendant la période révolutionnaire et qui étaient revenus en France étaient porteurs d’idées nouvelles, de techniques nouvelles, dont l’assurance. Les compagnies « à primes fixes » virent le jour dès 1819 avec la « bénédiction » du Roi Louis XVIII.

  • 1818 : Société d’Assurances Générales devenues « ASSURANCES GENERALES DE France » en 1968, aujourd’hui A.G.F.et bientôt « ALLIANZ »
  • 1819 : La Compagnie Française du Phénix devenu aussi A.G.F.
  • 1820 : La Royale, devenue la Nationale, devenue G.A.N., avalé par GROUPAMA
  • 1828 : L’Union, devenue U.A.P. absorbée par AXA

naissance industrie assurance : assurman-pro

  • 1829 : Le Soleil, devenu G.A.N., avalé par GROUPAMA
  • 1837 : La France, devenue GENERALI
  • 1838 : L’Urbaine devenue U.A.P. puis AXA
  • 1838 : La Providence, devenue Groupe Présence, avalée par AXA
  • 1840 : Le Nord, devenu VIA Assurances
  • 1843 : La Paternelle A.G.P.
  • 1857 : L’Abeille, avalée par l’Anglais « Commercial Union, aujourd’hui AVIVA
  • 1864 : Le Monde devenu VIA Assurances
  • 1864 : La Préservatrice, devenue P.F.A., absorbée par A.G.F.
  • 1867 : L’union Générale du Nord, reprise par Le Continent, lui-même repris par GENERALI.
  • 1879 : La Foncière devenue P.F.A. puis A.G.F.
  • 1880 : Le Secours, devenu Présence, puis AXA

Ainsi, de 1819 à 1880, ce n’est pas moins de 87 compagnies qui furent créées, mais seules, 16 d’entre elles ont survécu de nos jours sous des noms différents et certes englobées dans de nouveaux groupes

Le contrôle

Dès 1816, l’ordonnance du Roi institue un corps de contrôle de l’activité de l’assurance, ancêtre de l’A.C.A.M. d’aujourd’hui.

Les assureurs s’organisent

Conscients que l’assurance est un métier complexe et très technique, les assureurs s’organisent très vite.Ainsi, dès 1820, les trois premières compagnies privées (Assurances Générales, Le Phénix, La Royale, bientôt rejointes par l’Union) qui se dénommaient elles mêmes « Les Trois anciennes », créèrent un organisme chargé d’étudier les risques, d’en suivre la sinistralité et de fixer des tarifs communs. L’ancêtre de l’Assemblée Plénière des Sociétés d’Assurances était née.

 

sociétés d'assurances : assurman-pro

Ne vous méprenez pas...! En 1820, le Baron Haussmann n’avait pas encore redessiné Paris. Le 26 bd Haussmann est l’adresse actuelle de la Fédération Française des Sociétés d’Assurance (F.F.S.A.)

Il y a un siècle ½, les assureurs ne manquaient pas d’imagination pour « baptiser » leurs sociétés. Ainsi on peut noter les noms suivants parmi les sociétés créées :

Des noms imagés:

  • Le Dragon
  • La Réparatrice
  • La Mélusine
  • L’Indemnité
  • La Bienfaisante
  • L’Assurance Coloniale
  • Le Sauveur
  • La Prospérité
  • La Provinciale
  • La Fourmi
  • La Réparation
  • L’Automédon
  • La Solidaire
  • La Salamandre
  • La Tricéphale
  • L’Assurance annuelle

La prévention des incendies

Les assureurs de l’époque se soucient déjà aussi de la prévention. Ainsi, on relève des conseils quant à l’utilisation des allumettes, considérées comme dangereuses, certains assureurs ont même demandé au gouvernement de l’époque d’en interdire la vente.

Concurrence entre les mutuelles et les sociétés anonymes : Elle était déjà féroce à l’époque et n’avait rien à envier à ce que l’on connaît de nos jours...!c

La « spécialisation »

Entre 1830 et 1870, on voit naître des sociétés qui se spécialisent dans des risques spécifiques, et notamment :

  • 1823: La Cérès crée l’assurance grêle sur les récoltes
  • 1861: La Préservatrice crée l’assurance des accidents du travail (qui étaient nombreux à l’époque et la « Sécu » n’existait pas !
  • 1870: La Sécurité Générale crée l’assurance de responsabilité civile du chef d’entreprise

assurance voitures et cheveaux : assurman-pro

La société « La Prévoyance » crée l’assurance des propriétaires de chevaux et des voitures, l’ancêtre de l’assurance automobile d’aujourd’hui, mais le constat amiable n’existait pas encore !

Création de l’assurance « pertes d’exploitation : cette garantie est née en Angleterre en 1797 à l’initiative de la compagnie MINERVA UNIVERSAL et fut rédigée dans sa forme actuelle en 1899 par le courtier anglais Ludovic MANN.Création du bris de machines en 1854 par la Manchester Steam Users Association. C’est la compagnie « La Bâloise » qui introduisit en France en 1931 la première police « bris de machines»

L’époque « moderne »

Le fait marquant de la première moitié du 20ème siècle est la promulgation de la loi du 13 Juillet 1930 qui constitue la base du droit de l’assurance d’aujourd’hui. En effet, les principales dispositions de cette loi sont toujours en vigueur de nos jours puisque l’essentiel des dispositions de la loi du 13 Juillet 1930 est repris dans le Code des Assurances qui a été rédigé en 1976.

Les nationalisations

En 1946, un certain nombre de sociétés françaises sont nationalisées.Les chemins de fer, la production d’énergie (électricité, gaz), les principales banques etc... Les sociétés d’assurances n’y échapperont pas. Seront ainsi nationalisées :

  • Les Assurances Générales
  • La Métropole
  • La Célérité
  • L’Union
  • L’Urbaine et La Seine
  • La Séquanaise
  • Le Soleil
  • Les Assurances Nationales
  • L’Aigle

creation Sécurité Sociale : assurman-pro

Certains risques couverts jusqu’alors par les sociétés d’assurances seront désormais organisés et gérés par un nouvel organisme paritaire: La Sécurité Sociale est née

La France de l’après guerre évolue à grands pas.Le parc automobile explose avec la « 4 chevaux » et la « deudeuche ».

assurance auto obligatoire : assurman-pro

Le 28 Février 1958, conscient des risques que présente l’accroissement de la circulation automobile, le législateur rend obligatoire l’assurance automobile pour les risques causés aux tiers.

L’assurance automobile va constituer pendant plus de 15 ans le principal moteur de l’accroissement du chiffre d’affaires de l’assurance française.Au milieu des années 1960, l’évolution du parc a accusé une croissance de près de 11 % par an. Concomitamment, le chiffre d’affaires de l’assurance automobile a connu une croissance parallèle.Il faut imaginer qu’à partir du 1er Mars 1958, des millions d’automobilistes se sont précipités chez les assureurs pour se conformer à la nouvelle loi. L’assurance automobile restera la « locomotive » de l’industrie de l’assurance pendant une bonne quinzaine d’année.

Même si, depuis plusieurs années, la croissance du parc automobile n’évolue plus qu’entre 2 et 5 % annuellement, l’assurance automobile constitue toujours un produit d’appel car « l’auto » est le premier bien qu’un jeune entrant dans la vie adulte devra assurer.En 1992, l’assurance automobile représentait 15,7 % du C.A. annuel de l’assurance. Compte tenu de l’explosion de l’assurance sur la vie intervenue depuis, elle n’en représente plus que 8,3 % aujourd’hui, mais 8,3 % d’un CA multiplié par 2,6.

L’avènement des Mutuelles Sans Intermédiaires (M.S.I.)

La décennie 1960/1970 voit la création des principales mutuelles d’assurance sans intermédiaires (les M.S.I.) dont les sièges sont principalement basés à Niort.On citera notamment :

  • la MACIF (Mutuelle d’Assurance des Commerçants et Industriels de France)1960
  • la M.A.A.F. (Mutuelle d’Assurance des Artisans de France) 1950
  • la M.A.I.F. (Mutuelle d’Assurance des Instituteurs) 1934
  • la MATMUT (Mutuelle d’Assurance des Travailleurs Mutualistes)
  • la FRATERNELLE (Mutuelle Fraternelle d’Assurances) 1930 créée par des exploitants indépendants de taxis
  • la S.M.A.C.L. (Mutuelle des Collectivités Locales) 1972
  • Groupama : caisseS locales mutualistes depuis le 19ème siècle

macif : assurman-pro

Il faut ici rendre un hommage à Jacques VANDIER, le père fondateur de la MACIF. C’est à Niort qu’en 1960, un groupe de commerçants et d’industriels, soutenu par un syndicat de commerçants itinérants crée la MACIF. Ce mouvement fut rejoint rapidement par des salariés et des cadres de l’industrie et du commerce et soutenu par des organisations syndicales. Jacques VANDIER fut nommé directeur général de la MACIF en 1960 et président en 1987, poste qu’il occupera jusqu’en 1997. Il insufflera son essor à l’ensemble des mutuelles sans intermédiaires (M.S.I.). On les a appelées « sans intermédiaires » parce qu’elles s’adressaient directement aux assurés sans l’intermédiation d’agents ou de courtiers d’assurances.

Le produit de lancement de la MACIF fut l’assurance automobile.Elle proposait aux clients potentiels des contrats uniques, sans aucune option, avec des franchises sur les garanties au véhicule (« tous risques », « dommages par collision »). Ces franchises étaient obligatoires alors que le marché traditionnel, à l’époque, était loin d’imposer de telles franchises. Le succès fut immédiat et il fallait faire la queue pour pouvoir devenir client de ces mutuelles (pardon, adhérent). Il faut savoir qu’à l’époque (que j’ai connue et vécue comme professionnel de l’assurance...) les assureurs traditionnels ne donnaient pas cher de l’avenir des mutuelles.

 

Aujourd’hui, elles sont premières dans l’assurance automobile des particuliers et l’assurance des habitations.Création des grands groupes nationalisés :

Le 17 Janvier 1968, création des grands groupes nationalisés : Un matin, les Présidents des principales compagnies nationalisées entendirent comme tout quidam que leur société allait être regroupée avec d’autres au sein de nouveaux groupes.Le Général n’avait pas fait dans la dentelle...!Ainsi, on parlera désormais :

  • de l’Union des Assurances de Paris U.A.P. (N° 1 oblige...!) regroupant :
    • L’union o L’Urbaine et la Seine
    • La Séquanaise
  • des Assurances Générales de France (A.G.F. avec vous...!) regroupant :
    • La Compagnie d’Assurances Générales
    • Le Phénix
    • La Métropole
    • La Célérité
  • du Groupe des Assurances Nationales (G.A.N.) regroupant :
    • La Nation
    • Le Soleil
  • La Mutuelle Générale Française d’Assurances (M.G.F.A) regroupant
    • La Mutuelle du Mans (Groupe Mutuelle du Mans en 1922)
    • La Mutuelle Générale Française Accidents
    • La Défense Automobile et sportive, société associée
    • 1969 Groupe Mutuelle du Mans origine 1828

Les grandes maneuvres des années 1980/1995

1972, rapprochement de l’Abeille et de La Paix pour former le Groupe Victoire.

1982: Mutuelles Unies rachète le Groupe DROUOT, né en 1949 du rapprochement de La Confiance, de la Compagnie Générale d’Assurances, du Patrimoine, de l’Industrielle du Nord.

Pour la petite histoire, le P.D.G. du Groupe DROUOT, venait de décéder.Le Groupe n’avait plus de « pilote » et était à vendre, mais les principaux assureurs faisaient le fine bouche... Claude BEBEAR, qui était le patron du Groupe Mutuelles Unies, fit son premier « grand coup » en rachetant le Groupe DROUOT, une fois et ½ plus gros, au nez et à la barbe des autres assureurs.

assurance auto obligatoire : assurman-pro

Les années 1980 à 1998 voient les principaux regroupements des sociétés françaises d’assurance

  • Mai 1994 : privatisation de l’U.A.P. Rachat du Groupe Victoire par Commercial Union (Royaume Uni)
  • Printemps 1996 : privatisation des A.G.F.
  • Octobre 1997 : GENERALI lance une O.P.A. hostile sur A.G.F.
  • En Novembre 1997 : A.G.F. lance une O.P.A. sur le Groupe WORMS et Cie et sa filiale ATHENA. comprenant PRESERVATRICE-FONCIERE, LA LILLOISE, G.P.A. et PROXIMA. Le groupe allemand ALLIANZ propose à A.G.F. de l’aider à contrer GENERALI.
  • 1998 : grandes manoeuvres autour des A.G.F. et de ses récentes acquisitions. ALLIANZ prend le contrôle des A.G.F.de P.F.A. et de la LILLOISE tandis que GENERALI récupère le G.P.A., PROXIMA et A.M.B. en Allemagne.
  • 30 Juin 1998 : Groupama rachète, pour une « bouchée de pain », le G.A.N. lequel a accumulé des pertes abyssales depuis plusieurs années par une gestion calamiteuse.
  • 1998 : Commercial Union fusionne avec General Accident (Royaume Uni) et devient C.G.U. France Rachat de Norwich
  • 2002 : M.M.A. rachète Winterthur revendu en à AXA
  • 2002 : Abeille Assurances devient AVIVA.
  • 2003 : M.M.A. est reprise par le groupe MAAF
  • 2005 : Le Groupe Azur- G.M.F. rejoint le groupe M.A.A.F.

L’extraordinaire histoire du Groupe AXA

On ne peut pas évoquer l’histoire de l’assurance française sans parler de l’histoire d’AXA laquelle est indissociable de son éminent manager, Claude BEBEAR.

L’origine du Groupe est liée à celle du Groupe des Anciennes Mutuelles, qui regroupaient alors de petites Sociétés régionales (Ancienne Mutuelle de Seine Inférieure, Ancienne Mutuelle de la Seine etc...) et dont le siège était dans un petit château sis à Belbeuf, près de Rouen. Entré au Groupe des Anciennes Mutuelles en 1958, Claude BEBEAR en devient le Directeur Général en 1975 après le décès de son Président.Il commence à faire le « ménage » et pour redynamiser le Groupe,il commence par en changer le nom qu’il estime un peu trop « rétro ».

Le Groupe sera baptisé « Groupe des Mutuelles Unies » et ne représente que 1 % du marché français de l’assurance.

En 1978, il rachète, la Caisse Parisienne de Garantie « C.P.G. » qui deviendra « Mutuelle Parisienne de Garantie « M.P.G ».Il rachète la Mutuelle Saint Christophe, spécialisée dans l’assurance du clergé.

En 1982, le Groupe Drouot est en mauvaise posture. Son président TATTEVIN a fait des erreurs dans les investissementsimmobiliers.Mais la gauche est arrivée au pouvoir en 1981 et on parle beaucoup de nouvelles nationalisations des sociétés d’assurance.

DROUOT est racheté par « des maisons de maçon »...Bouygues lequel s’est aperçu que ce groupe d’assurance perdait beaucoup d’argent, et considérant que l’assurance n’était pas son métier, il le revend quelques mois plus tard. Le Groupe DROUOT était alors la plus grosse société d’assurances privée en France. Elle était à la pointe de la modernité et fut la première société à s’informatiser.Claude BEBEAR, qui est déjà un assureur chevronné, analyse que le Groupe DROUOT est un bon « outil », il le rachète et en deux ans, il passera d’un résultat déficitaire de deux cent millions de francs à un bénéfice équivalent.Un coup de maître...!Le statut de Mutuelle du groupe l’a protégé des appétits de ses concurrents.

En 1986, le Groupe « Présence », constitué des sociétés La Providence et le Secours fait l’objet d’un « raid » par la Compagnie du Midi, à l’époque première capitalisation boursière de la place de Paris laquelle, outre les sociétés d’assurances « Assurances du Groupe de Paris (A.G.P.) (anciennes sociétés La Paternelle, La Prévoyance, M.A.C.L. Minerve) possédaient de gros intérêts dans d’autres secteurs d’activité. C’état la première fois qu’une O.P.A. hostile était lancée en France dans le monde de l’assurance.Claude BEBEAR lance une contre O.P.A. sur le Groupe Présence et contre toute attente, l’emporte après une « bataille » boursière acharnée.

axa : assurman-pro

Dans la foulée, en 1989, Claude BEBEAR lance une O.P.A. sur la Compagnie du Midi qui était alors dirigée par Bernard PAGEZY, le dernier regardant le premier avec condescendance, d’un air de dire « ce jeune loup va se casser les dents ». Et bien c’est le vieux lion qui a été croqué...! Le Groupe dirigé par Claude BEBEAR devient le N° 2 de l’assurance en France derrière l’U.A.P.

Son second « gros coup » fut le rachat de la société « Equitable Life » cinquième société d’assurance vie aux U.S.A. De l’avis de tous les analystes financiers, cette société était « foutue »... En 1991, il l’étudia durant plusieurs mois et fort de ce qu’il avait observé, il attendit le bon moment pour acheter, en laissant le « marché » en fixer la valeur. Ce fut pour ce qui allait devenir AXA un gros coup financier. Et par cette opération, AXA se forgea un renom dans les milieux financiers et d’assurance internationaux. C’est ainsi qu’en 1995, les dirigeants de la mutuelle australienne National Mutual demandèrent à Claude Bébéar de les aider à dé-mutualiser leur société. Six mois après, AXA prend le contrôle de la seconde société vie d’Australie et de Hong Kong. AXA découvre l’Asie et le Pacifique.

Quelle est l’origine du nom « AXA » ? L’équipe dirigeante des Mutuelles Unies commença par penser qu’il fallait un mot commençant par « A » de façon à se trouver en tête de liste alphabétique des annuaires. Il fallait aussi que le nom puisse se prononcer identiquement dans toutes les langues. Un ordinateur fut « chargé » de trouver des noms. Il en ressortit « AXA » qui fut finalement adopté en 1985.

AXA était né et allait se développer de façon exponentielle, grâce surtout à sa locomotive T.G.V. en la personne de son président Claude BEBEAR (qu’il me pardonne cette comparaison...) Et le manager d’AXA va se transformer en globe trotter de l’assurance, parcourant les continents à la recherche de sociétés d’assurances à reprendre.

Il y parviendra sans problèmes et aujourd’hui, AXA est actif sur tous les continents, on même dire que le Groupe surfe dans l’espace mondial de l’assurance :

  • Afrique
  • Amériques
  • Asie -Pacifique
  • Moyen Orient
  • et bien sûr, en Europe où le groupe est présent dans une vingtaine de pays

fusion axa 2

En 1996, AXA rachète « N°1 oblige », l’U.A.P., ex société nationale privatisée et mal gérée par des dirigeants plus « fonctionnaires » que gestionnaires.Ce fut le dernier gros rachat d’AXA en France.

Au début 1999, la société anglaise Guardian Royal Exchange rejoint AXA, lui permettant d’asseoir ses positions non seulement en Angleterre, mais aussi en Allemagne, en Asie et en Amérique du Sud.

En 2000, Claude BEBEAR cède son fauteuil de Président à Henri de Castries, devenant Président du Conseil de Surveillance dont il va démissionner en Avril 2008, atteint par la « limite d’âge ». Nul doute qu’il continuera néanmoins à dire son mot dans le secteur de l’assurance.

En résumé, le Groupe AXA réunit aujourd’hui plus de 20 anciennes sociétés du marché français dont la majorité était beaucoup plus importantes que la petite « Ancienne Mutuelle » de Belbeuf.

Aujourd’hui, AXA est le premier groupe d’Assurance en France et le second au rang européen derrière ALLIANZ.

 

En 2006 :

Le Groupe AZUR est absorbé par MMA.

Axa rachète la filiale française de la société suisse WINTERTHUR,

Naissance de COVEA regroupant :

  • la M.A.A.F. Mutuelle d’Assurance des Artisans de France)
  • la G.M.F. (Garantie Mutuelle des Fonctionnaires)
  • Les M.M.A. (Mutuelle du Mans)
  • + d’autres sociétés

Coup de chapeau à Jean Claude SEYS, président « officiel » de Covéa jusqu’à ces dernières semaines...

Au début des années 1990, la M.A.A.F. est moribonde... Elle a une sale histoire sur le dos et les affaires ne sont pas florissantes...! Ses dirigeants ont fait des investissements très hasardeux et la note est salée...!

Un transfuge de la banque arrive à sa tête, il vient du Crédit Agricole. C’est Jean Claude SEYS.Ses idées sont nouvelles, voire révolutionnaires. Il faut dire qu’il a du pain sur la planche et les vieux briscards de l’assurance ne donnent pas cher de sa peau :

  • il ne va pas nous apprendre notre métier
  • il va se casser les dents
  • ça ne marchera pas etc...

C’est vrai qu’il a fait du ménage à la M.A.A.F., qu’il lui a insufflé une autre façon de considérer ses sociétaires et de les voir comme des clients et non pas seulement comme des « mutualistes » qui n’ont qu’à se taire... Et il a « avalé » la G.M.F, les Mutuelles du Mans, le Groupe AZUR, la Winterthur...

18 ans après, le groupe Covéa est le premier assureur dommages de France devançant AXA qui gardait la tête depuis plus de 15 ans... Même s’il y a parfois des ratés, comme dans toute société, l’image de la M.A.A.F

Bravo Monsieur SEYS, vous avez donné une bonne leçon aux assureurs

Les derniers grands regroupements de sociétés d’assurance :

En 2003, ZURICH et Le Continent rejoignent Générali France Assurance.

Pour ceux qui ne savent pas Générali France regroupe les sociétés suivantes :

  • Generali France Assurance née de la fusion de La Concorde et de la France Assurances
  • La Fédération Continentale
  • L’Equité
  • l’Européenne de Protection Juridique
  • Groupement Français d’Assurances
  • Prudence Vie
  • La Lutèce
  • Le Continent
  • Zurich

Générali a été créé à Trieste en 1831. La présence en France de Générali remonte à 1832.