Marché de l'assurance française : encaissements et évolution

Écrit par Assurman. Publié dans Généralités de l'assurance

Encaissements et évolution:

1 - Evolution du chiffre d’affaires en 2011

Avec 190 milliards d’euros, le C.A. de l'assurance française (affaires directes France) est en régression de 8,3 % par rapport à 2010.

Cette régression est due à l’évolution négative enregistrée par le marché de l’assurance vie, lequel recule de 14 %, alors que le marché de l’assurance de dommage connaît une croissance de près de 5 %.

Ceci dit, cet accident de parcours du marché de l’assurance vie est essentiellement du à la crise financière provoquée à l’origine par l’affaire des «subprimes» en 2008 aux U.S.A., laquelle a eu depuis un effet sur l’ensemble des marchés financiers mondiaux.

Pour autant, il faut souligner que le chiffre d’affaires domestique de l’assurance française représente tout de même 10,5 % de l’ensemble du P.I.B français.

D’autre part, depuis 10 ans, le chiffre d’affaires domestique de l’assurance française a enregistré une croissance de près de 50 % alors que dans la même période, le P.I.B. de notre pays n’a connu qu’une croissance de 19,53 %.

C’est dire que le secteur de l’assurance française croît plus vite que l’ensemble des autres secteurs d’activité et c’est une constante depuis plusieurs décennies.

2 - Place de l’assurance française à l’étranger :

L’assurance française à l’étranger a connu le même recul que sur le marché domestique tant à travers ses filiales étrangères que par ses succursales directes.

A l’étranger, c’est dans les pays de la C.E.E. que l’assurance française est la plus présente avec un C.A. représentant 58 % du total.

Viennent ensuite les marchés de :

  • l’Asie (12,5 %)
  • l’Europe hors Union Européenne (11.6 %)
  • l’Amérique du Nord (10,5 %)
  • l’Amérique latine (2,8 %)
  • l’Afrique et le proche Orient (1 %)
  • l’Océanie (0,4 %)

Sur le plan européen, la France occupe le deuxième rang derrière le Royaume Uni et devant l’Allemagne et l’Italie.

L’écart entre les deux premiers se resserre au profit de la France puisque le Royaume Uni a perdu presque 10 % de part de marché en quelques années.

C’est dire si l’assurance française est dynamique à l’échelon européen.

Avec un C.A. mondial total de 319,5 milliards d’euros, l’assurance française se situe au 4ème rang mondial alors qu’elle n’occupe que la 5ème place dans l’économie de la planète.

C’est encore une preuve de la maturité du marché français.

A noter que la Chine, premier marché domestique potentiel mondial, n’occupe que la 10ème place, mais elle va probablement progresser rapidement, car elle a presque triplé son C.A. assurance en quelques années.

Ceci dit, il est toujours difficile de comparer le chiffre d’affaires de l’assurance des différents pays tant il est vrai que les régimes sociaux de ces pays sont très différents.

Par exemple, si les Etats-Unis et le Japon occupent les premières places, il faut ici remarquer que ces pays ont peu de régimes sociaux obligatoires, d’où une part non négligeable de leur C.A. réalisé dans ces créneaux.

Si par exemple, on voulait faire une comparaison plus crédible, il faudrait ajouter au C.A. de l’assurance française les chiffres :

  • de la Sécurité Sociale et des caisses maladie des indépendants
  • des régimes obligatoires de retraite,
  • de l’assurance chômage des salariés,

Soit plus de 530 milliards d’euros qui se rajouteraient au C.A. de l’assurance, et qui placeraient la France au second rang mondial par le chiffre d’affaires et au premier rang incontesté pour le C.A. par habitant.

Evolution des 15 dernières années :

En 1996, le classement des 5 premiers marchés était le suivant :

  • 1er U.S.A. avec 31 % du marché
  • 2ème JAPON avec 24,7 %
  • 3ème Allemagne avec 7.2 %
  • 4ème France et Royaume Uni avec 6,5 %

On note donc que la part des U.S.A. a légèrement diminué, le JAPON a perdu la moitié de sa part de marché, le Royaume Uni a légèrement augmenté, la France a gardé la même part relative du C.A.

Par contre l’Allemagne a perdu sa troisième place au profit du Royaume Uni et de la France qui lui passent devant.

La Chine et la Corée du Sud commencent à percer sur l’échiquier mondial.

Chiffre d'affaires de l'assurance par habitant des 10 premiers pays
Rang par habitant Pays Population C.A. assurance en milliards d'US. $ C.A. par habitant en U.S. $
20072011
1 Pays Bas 16 847 007 73 199 1 463 4345
2 Royaume Uni 63 181 775 233 815 6 977 3701
3 Japon 127 368 088 420 414 3 608 3301
4 France 65 102 719 211 235 3 893 3245
5 Etats-Unis 313 847 465 879 491 3 857 2802
6 Canada 33 476 688 88 000 2 660 2629
7 Italie 59 464 644 131 491 2 391 2211
8 Allemagne 82 305 000 180 867 2 475 2198
9 Corée du Sud 48 860 500 89 296 2 068 1828
10 Chine 1 343 239 923 161 869 54 121

La comparaison du C.A. par habitant est très révélatrice de la maturité d’un marché domestique, même si cet élément de comparaison n’est pas à proprement objectif (notamment pour le C.A. du Royaume Uni qui comprend des programmes internationaux d’assurance industrielle ou maritime à travers l’activité du Llyod’S de Londres).

3 - Rappel de l’évolution passée du marché domestique français :

1958/1979 : croissance soutenue du secteur de I'assurance +- 8,5% par an alors que dans la même période, le PIB n'augmentait que de 5,7%

Cette croissance est due essentiellement à I'assurance automobile qui bénéficie du fort accroissement du parc automobile et de I'obligation d'assurance instituée en 1958.

1974/1980 : ralentissement de la croissance, + 3,3% par an, alors que le P.I.B. augmente de 2,8%

Ce ralentissement s'explique d'une part par le début de la crise économique du fait du 1er choc pétrolier, et d'autre part, par la croissance du parc automobile qui s'est ralentie, la branche automobile a atteint sa maturité.

1981/1988 : reprise de la croissance:

+ 5,5% par an de 1981 à 1983 - PIB = 1,3% par an

+ 8% par an de 1984 à 1987 - PIB = 1,9%

La branche vie capitalisation prend son essor.

1989/1999 : accélération de la croissance :

+ 10,2% en moyenne par an alors que dans la même période le PIB n'augmente que de 5,1%

Cette forte croissance est due essentiellement à celle de la branche vie qui, pour la première fois dans I'histoire de I'assurance, a dépassé en 1989 le C.A. de I'assurance dommages.

Cette forte croissance en assurance vie est tirée par l’immixtion des banques dans le marché de l’assurance.

1994/1997 : ralentissement de la croissance :

+ 7,9% en moyenne par an alors que dans la même période, le PIB n’augmente que de 2,80%

Ce ralentissement est dû d'une part au tassement sensible des primes dommages et à I'affaiblissement de la croissance des primes d'assurances vie.

Ceci dit, il convient de relativiser cette analyse.

En effet, il faut tout de même admettre un taux de croissance de presque 8% sur un marché très développé, taux qui est très au delà de la moyenne de croissance de l'ensemble des activités du pays.

1998/2007 : la croissance est tirée essentiellement par l’assurance vie car l’assurance de dommage n’évolue que très peu, la matière assurable étant stable.

2008/2011 : la crise financière mondiale fait chuter la progression de la banche vie et la part relative de l’assurance de dommages et de responsabilités s’accroît.

4 – Chiffre d’affaires domestique (Affaires directes France)

4.1 – Evolution des encaissements par branche depuis 2007 :

Les assurances de personnes ont perdu presque 3 points, résultat de la crise financière mondiale qui sévit depuis 2008.

La branche automobile a très légèrement augmenté.

Les dommages aux biens ont gagné presque 2 points.

En dehors de la construction qui a légèrement diminué, les autres banches ont légèrement augmenté.

4.2 - Part de l’assurance des entreprises dans la branche «dommages et responsabilités» :

La part relative de l’assurance des entreprises et des professionnels est de près de 40%, dans la branche « dommages et responsabilités » ce qui est loin d’être négligeable.

5 – L’assurance française et l’Europe :

L’assurance française en 2011 occupe la deuxième place en Europe derrière le Royaume Uni et devant l’Allemagne.

Cette seconde place du marché français de l'assurance peut être considérée comme stable puisqu’elle occupait déjà ce rang en 1997.

A noter qu’en 1997, le C.A. de l’assurance du Royaume Uni était en décroissance, mais s’il s’est bien rattrapé jusqu’en 2010, il a accusé un recul de 10% en 2011.

La France occupe une place particulière de par ses spécificités mais aussi par l'organisation de l'industrie de l'assurance qui pourrait être un modèle pour beaucoup de pays.

En effet, le marché français se caractérise à la fois par :

  • une législation complète qui protège à la fois les assurés et les assureurs.
  • un marché très concurrentiel qui comporte tous les systèmes de distribution et oblige les assureurs à être performants tant sur le plan technique que sur le plan des tarifs.
  • une liberté des tarifs qui écarte les cartels (c’est surtout vrai pour les risques des particuliers)
  • un corps de contrôle de l'état talentueux.
  • une présence soutenue et déjà ancienne d’acteurs étrangers.

5.1 – La libre prestation de services (L.P.S.)

La réglementation sur la Libre Prestation de services au sein de la Communauté Européenne est très complexe et je ne vais pas vous abreuver d’informations qui vous seraient inutiles.

Ce qu’il faut retenir :

Il faut distinguer les « grands risques » des « risques de masse »

Définition des Grands Risques :

Est considérée comme grand risque un contrat d’assurance dont le souscripteur remplit au moins deux des trois conditions suivantes :

  1. Le total de son dernier bilan est supérieur à 6,2 millions d’euros
  2. Le montant de son chiffre d'affaires du dernier exercice est supérieur à 12,8 millions d'euros
  3. Le nombre de personnes qu'il a employées en moyenne au cours du dernier exercice est supérieur à 250.

Si le souscripteur fait partie d'un ensemble d'entreprises soumises à une obligation de consolidation comptable, les seuils mentionnés aux 1, 2 et 3 ci-dessus sont appliqués sur une base consolidée.

La souscription en L.P.S. pour les « grands risques » est possible pour les risques suivants :

  1. Les corps de véhicules ferroviaires, aériens, maritimes, lacustres et fluviaux ainsi que la responsabilité civile afférente auxdits véhicules
  2. Les marchandises transportées
  3. Le crédit et la caution, lorsque le souscripteur exerce à titre professionnel une activité industrielle, commerciale ou libérale, à condition que le risque se rapporte à cette activité

Ceux qui concernent l'incendie et les éléments naturels, les autres dommages aux biens, la responsabilité civile générale, les pertes pécuniaires diverses, les corps de véhicules terrestres à moteur ainsi que la responsabilité civile, y compris celle du transporteur, afférente à ces véhicules, lorsque le souscripteur exerce une activité dont l'importance dépasse certains seuils définis par décret en Conseil d'Etat.

C’est dire qu’il n’y a que les entreprises de taille significative qui sont concernées par ces dispositions et je ne développerai pas plus cet aspect de la L.P.S.

Les risques de masse :

Ce sont tous les autres risques et l’assureur étranger qui entend assurer de tels risques doit au préalable obtenir un agrément auprès des autorités françaises.

Ce qu’il faut retenir :

Pour les risques de masse (tous les particuliers et la grande majorité des entreprises et des professionnels français) seule la loi française est applicable.

Conséquemment, la fiscalité applicable, c’est celle du pays du risque, donc la fiscalité française.

N’écoutez pas les « vendeurs » d’assurance de sociétés étrangères
qui vous allèchent en vous disant que dans leur pays,
la fiscalité est plus légère qu’en France.
Ce sont des menteurs car c’est la fiscalité française
qui s’applique pour les risques de masse...!

Toutefois, si le risque assuré est situé en France et que le souscripteur réside dans un autre pays, il a le choix du droit applicable.

Pour tous les contrats destinés à satisfaire à une assurance obligatoire
imposée par la loi française, c’est le droit français qui s’impose