Il était une fois... L’Histoire Mondiale de l'assurance - partie 1

Écrit par Assurman. Publié dans Généralités de l'assurance

La notion d’assurance dans l’antiquité

naissance de l'assurance : assurman-pro

Dans notre époque de communication à tout va, on a tendance à croire que l’assurance est née avec la révolution industrielle du 19ème siècle. Il n’en n’est rien. En effet, l’assurance est née d’un besoin de solidarité entre les hommes, et cette solidarité est aussi vieille que l’humanité elle-même, ou presque...!

L’idée d’assurance est aussi à associer avec la notion de responsabilité, notion de droit s’il en est, et si l’on creuse un peu l’histoire universelle, on s’aperçoit par exemple que les premières notions de responsabilité se retrouvent dans un pays que tout le monde connaît par la triste actualité du moment : l’histoire du Royaume de Babylone, situé entre le Tigre et l’Euphrate, pays aujourd’hui connu sous le nom d’Irak.

Le Roi de ce pays d’alors, Hammourabi (+- 1700 ans avant Jésus Christ) était un homme soucieux du bien être de ses sujets, et il avait écrit, bien avant notre Napoléon « national », un genre de « Code Civil » dont certains principes, certes « adoucis », se retrouvent encore aujourd’hui dans les notions de responsabilité de notre Code Civil de 1802.

Par exemple :

  • lorsqu’une maison construite par un maçon s’écroulait sur ses occupants et les tuait, et bien le maçon répondait sur sa vie de celle des occupants et on lui coupait la tête. Ainsi, on était certain qu’il ne ferait plus de...bêtises... !

    Si l’on appliquait cette loi du talion aujourd’hui, on aurait peut être moins de désordres dans les immeubles construits par certains constructeurs incompétents, malhonnêtes ou les deux à la fois...!
  • les caravaniers étaient responsables sur tous leurs biens des marchandises qu’ils étaient chargés de transporter. Si ces marchandises n’arrivaient pas à destination, on saisissait tous les biens du caravanier,Y compris ses véhicules, pardon, ses chameaux, mais encore ses femmes et ses filles (pardon mesdames, mais je n’invente rien...). On trouve donc ici la responsabilité contractuelle du transporteur que nous connaissons aujourd’hui (sauf qu’on ne touche pas à ses femmes...!).

    Mais comme ces dispositions avaient eu pour effet de réduire sensiblement le nombre des Caravaniers « agréés », le sage Hammourabi décida qu’il fallait adoucir cette loi du Talion avant l’heure et il introduisit la notion d'exonération de la responsabilité : le caravanier était dégagé de toute responsabilité s’il pouvait prouver qu’aucune faute ne pouvait lui être imputée (vol, tempête de sable etc...)

    Dans le même temps, il décida que tous les caravaniers d’une même caravane étaient solidaires des pertes subies par l’un des leurs, et les autres caravaniers devaient donc mettre la main à leur bourse pour indemniser les propriétaires des marchandises. C'est donc bien la mutualisation d’un risque qui est à la base même de l’industrie de l’assurance que nous connaissons aujourd’hui.
  • La notion de prêt était déjà connue et pratiquée à l’époque et s’il n’existait pas de guichets de banque comme aujourd’hui, une corporation était chargée par l’administration du royaume de délivrer ces prêts, lesquels donnaient lieu au paiement d’un intérêt allant de 10 à 30 %.En contrepartie d’un prêt, l’emprunteur devait donner en garantie tout ou partie de ses biens (l’hypothèque ou le nantissement d’aujourd’hui).

    S’il n’en possédait pas, il devait « confier » au prêteur sa femme et ses enfants comme «esclaves » pendant la durée du prêt, sachant que la durée de cet esclavage ne devait pas excéder plus de 3 ans. C’est ce que l’on appelle aujourd’hui la « caution » et l’assurance caution qui en découle.

La mutualisation des risques en Basse Egypte :

Au moment de l’édification des célèbres pyramides, les conditions de travail des tailleurs de pierre n’étaient pas aussi sécurisées que de nos jours. Les accidents étaient nombreux et il en résultait des invalidités et des décès. Les tailleurs de pierre se rassemblèrent pour créer une forme de mutualité destinée à prendre en charge les frais des rites funéraires. Cela se passait quelque 4.500 ans avant J.C. soit 6000 ans avant Assurman... ! Ca vous épate hein...Attendez, ce n’est pas fini...!

Assurance construction chez les anciens Hébreux

On trouve dans le Talmud les associations d’artisans qui construisaient le temple du Roi Salomon qui se groupèrent pour mettre en commun les aléas qui pouvaient survenir au cours des travaux de construction.La notion de contrat « tous risques chantier » était née 3.000 ans avant nous...!

Dans l’histoire mondiale de la marine marchande, on trouve également dans le Talmud la garantie qui était donnée à des propriétaires de navires de retrouver un navire neuf si le leur venait à être perdu corps et biens en l’absence de faute de leur part. C’était l’ensemble des armateurs qui se cotisaient pour le lui payer. C’est ce que l’on connaît aujourd’hui sous le nom d’assurance « corps des navires » y compris votre petit voilier que vous garez dans le port de Gruissan...!

Assurance « facultés » chez les Phéniciens

Vous savez plus qui c’était les Phéniciens?? Aujourd’hui, on les appelle « Libanais ». Ils étaient commerçants dans l’âme, (ils le sont toujours d’ailleurs...) et comme le commerce à l'époque était surtout effectué par les voies maritimes, ils étaient devenus des navigateurs entreprenants et aventureux. Aussi, comme ils n’aimaient pas perdre de l’argent, même si ce n’était pas encore des livres libanaises ou des euros, ils avaient imaginé une caisse de solidarité entre eux pour garantir la marchandise qu’ils transportaient dans leurs navires.

Ainsi, en cas de perte ou d’avarie subie par l’un d’entre eux, l’ensemble des adhérents remboursait ces pertes au propriétaire du navire concerné. L’assurance « facultés » (assurance des marchandises transportées par la voie maritime) était née.Et la garantie actuelle des marchandises transportées par voie terrestre, par fer ou par avion n’en est que le prolongement logique.

Va donc voir chez les Grecs...! (J’ai rien dit moa...)

Pourrait-on évoquer l’antiquité sans parler des Grecs, berceau de notre civilisation occidentale ? On y trouve, quelques siècles avant J.C., des associations qui avaient créé des caisses communes à certaines corporations. Il était perçu par ces caisses des cotisations mensuelles destinées à alimenter un fonds de secours aux membres frappés par l’adversité.

Ave Caesar imperator, morituri te salutant...!

Traduction pour ceux qui, comme moa, n’ont pas appris le latin :
« Salut César empereur, ceux qui vont mourir te saluent »

C’est la phrase que prononçaient les gladiateurs en entrant dans l’arène.Mais à ma connaissance, eux, ils ne pouvaient pas s’assurer vu qu’ils avaient de grande chances (ou plutôt des risques...) de mourir, donc il n’y avait pas d’aléa, donc pas d’assurance possible...!

Chez les romains, vous avez entendu parler des légionnaires (non c’est pas ceux qui font du boudin à Castelnaudary, à Calvi ou à Orange...). C’était les militaires de l’armée romaine commandée par Jules... (Mais non, pas Jules Ferry...)

Il pouvait arriver qu’un légionnaire soit muté en Bretagne, vous savez dans le coin où il y avait un village de Gaulois échevelés et barbus dont le plus grand plaisir était de boxer les Romains et qui mangeaient du sanglier après chaque bagarre...(il paraît que ça n’a pas changé ?, J’sais pas moa...)

Enfin, vous voyez bien
ce que je veux dire ?????

 hutte gauloise : assurman-pro

Donc, lorsqu’un légionnaire recevait sa feuille de route pour le pays des choux fleur, il se grattait la tête en se disant « aïe, aïe, aïe, je vais dérouiller »

assurance décès: assurman-pro

 

Et bien les légionnaires, qui étaient prévoyants, avaient créé une caisse de solidarité laquelle, moyennant paiement de cotisations, prenait en charge divers aléas :

  • indemnité pour frais de mutation chez les Bretons
  • capital fin de carrière en cas de démobilisation
  • capital décès aux héritiers si un Gaulois l’envoyait ad patres,(ce qui était courant à l’époque, mais aujourd’hui, on se contente de leur donner un coup de boule...).

La société romaine pratiqua d’autre part d’autres formes de couverture de certains risques (risque de la circulation des marchandises par exemple)

LA CHUTE DE L'EMPIRE ROMAIN MARQUA LE DEBUT D'UN GRAND VIDE DANS L'ORGANISATION DE LA SOCIETE.

Au Moyen Âge, on ne trouva guère de traces nouvelles d’une forme quelconque d’assurance.Il y eut çà et là des sociétés d’entraide mutuelle, le plus souvent à l’initiative des communautés religieuses et même de la hiérarchie ecclésiastique.Il y eut probablement la continuation des pratiques existantes, mais les archives nationales n’existant pas encore, on n’en trouve pas de traces...

Les peuplades venues de l’Est ravagèrent nos pays « civilisés », détruisirent beaucoup de villes et de villages, désorganisant la société presque entièrement.

Les « chefs » étaient surtout occupés à guerroyer entre eux, à faire bombance et ripaille et ne se souciaient guère de leurs sujets ni de la société. Il faudra plusieurs siècles et leur conversion lente au Christianisme pour les voir évoluer et adopter petit à petit des moeurs plus acceptables.Dans leurs coutumes « à couper al’charpe » come in dit din ch’’Nord (j’ai pitié de vous, ça signifie « grossier, coupé à la serpe » , le droit coutumier l’emportait sur tout autre.Ainsi le « prix du sang » était prépondérant comme malheureusement encore aujourd’hui dans certaines régions du monde.

C’est le clan, la famille qui est responsable des fautes de chacun de ses membres, paie ses dettes, le venge ou paie le prix du sang lorsqu’il a tué quelqu’un (faut que j’explique là ??)

On trouve même chez les Germains (non c’est pas mes cousins...) une sorte de barème d’invalidité applicable en cas de blessure causée à un tiers :

  • si t’as frappé un gonze sur la tête et que sa cervelle sort, c’est 30 sous
  • si tu lui as coupé une main, un pied, le pif ou tu l’as énucléé, c’est 60 sous (pas cher..)
  • si t’as caressé la tête d’une autre femme que la tienne, c’est 24 sous
  • si tu lui as relevé le jupon, c’est 12 sous- etc...

Brèfle, c’était déjà à la fois un barème d’invalidité et un code pénal avant la lettre.

Pendant ces temps là, les grands échanges internationaux étaient au point mort ou presque et comme l’autoroute A6 et le T.G.V. n’existaient pas encore, on se contentait de rester chez soi à filer la laine (comme l’a superbement chanté Jacques Douai)...ou presque.

Ces peuplades Germaines (non c’est pas ma cousine) Burgondes, Wisigoths, les Huns et les Hôtres ( ?) comme ils étaient toujours à se bagarrer et qu’ils avaient commencé à craindre les foudres de Dieu que leur avaient inculqués les moines prêcheurs, ils se posaient beaucoup de questions sur l’au-delà (en buvant de l’eau de vie) et ils craignaient de se faire rôtir ad vitam æternam dans les rôtisseries de Belzébuth.

assurance des funérailles : assurman-pro

Aussi, ils prirent l’habitude, avant de partir en guerre, de confier une bourse bien remplie de pièces d’or à leur moine préféré afin qu’il puisse, autant que faire se peut, leur donner une sépulture décente et surtout, qu’il ne les oublie pas dans ses prières dominicales afin que leur âme (damnée) puisse reposer en paix loin des cheminées de Satan. Ainsi était née l’assurance «obsèques» dont certains assureurs nous chantent aujourd’hui que «c’est nouveau, ça vient de sortir, on est les premiers»...

Pendant le Moyen Âge, les évêques, qui avaient à l’époque des pouvoirs temporels équivalents à ceux des préfets de région d’aujourd’hui, mirent en place des caisses d’entraide mutuelle paroissiales ou diocésaines destinées à venir au secours des nécessiteux dont la hutte avait été détruite par un incendie (pasky avait pas d’extincteurs.. !) où dont les biens avaient été pillés par des bandes errantes. C’était plus de la charité et de l’entraide qu’autre chose...

Les routes, enfin, les pistes car même les voies romaines n’étaient plus entretenues, étaient moins que sûres et les voyages se faisaient avec beaucoup de risques. Les marchands s’organisèrent en confréries qui s’auto défendaient lors des longs déplacements des personnes et des marchandises (Les « Carités », « Fraternité », « Frairie » ou « Guilde » ou « Hanse » chez les cousins dits Germains...) Ainsi, dans l’Est de la France et ce qui est l’Alsace d’aujourd’hui, lorsque la maison d’un habitant d’un village était détruite par le feu, tous les habitants du village étaient obligés de l’aider à la reconstruire. Celui qui s’y refusait pouvait se voir contraint par la communauté de quitter sa propre maison dans laquelle pouvait prendre place la victime de l’incendie. C’est tout beau hein...!

Ces diverses pratiques perdurèrent en France jusqu’à la Révolution, en l’absence de toute autre organisation dans la prise en charge des risques.